On s'arrête d'écrire, on marque une pause et on regarde la feuille. C'est toujours comme ça. On s'arrête et on pose ses yeux sur ce ramassis de boucles, de points et de virgules. Un beau ramassis de conneries. Ce tas-là de petites lettres n'a rien d'uniforme et c'est vrai que de loin, de loin ça n'a plus aucun sens. On se demande, forcément, on se pose les questions qu'on s'est posé toujours. On secoue cette stupide obsession du mot juste pour en tirer des réponses. On se trouve réducteur d'avoir voulu tellement coincer les fourmillantes émotions entre les lignes du papier. Et on en revient toujours au même point, à se trouver immonde dans les miroir de lettres. Maudits sentiments.
MADAME TSCHISSIK. - « Wie mies ist mir vor tout l'univers ! »
Avancer dans un tunnel avec quelqu'un à ses trousses, c'est cette aigre sensation qui se grave dans la peau. Si tu regardes en arrière ne serais-ce qu'une seconde, seulement cette putain de seconde, tu prends le risque de te rendre compte que tout a changé, que l'avenir est là à te mordre les talons. T'es là comme un con à courrir sans réfléchir. A grandes cuillères on t'en fait bouffer des discours consuméristes, on te fait devenir utilitaire. Tes grands-parents procréaient au nom de l'amour patriote, pour la sauvegarde de leur beau pays, il serait normal que leur descendance vive pour les mêmes raisons. Et leur descendance, c'est toi.
MAX. - Elle me plaît, vous en comprenez pas cela. Elle me
plaît sans raison. Je ne comprends pas qu'on puisse dire
qu'elle est laide, elle n'est pas laide, elle est différente, elle
est étrange et j'aime étrangeté. Personne ne voudra
peut-être jamais d'elle et c'est cela, certainement, qui me
séduit le plus profondément...
Ils pensent quoi ceux-là de l'amour ? La nouvelle jeunesse, ces atrophiés du sentiment, ceux qui baisent et qui jettent ? Marchent-ils encore avec des stéréotypes de séries télévisées à scénario bon marché ? Ils se nourrissent aux clichés. Ils ont des culs remuant au fond de leurs yeux, ce sont des fantasmes sur pattes, des îlots de sexe sans plus d'affinités. C'est pas que les préservatifs soient moins cher que les supposés cadeaux de St Valentin. C'est pas non plus qu'un orgasme manqué soit moins douloureux qu'on amour qui s'évade. Non, du moins je ne le crois pas. Ceux-là même, je pense, n'y ont pas trempé les lèvres au calice des désirs fougueux. Ils rêvent de mannequins quand tu t'enflammes pour un regard. Et ne comprennent pas, ne comprennent jamais que tu puisses gribouiller à chaque heure de la journée sur tous les coins de feuilles en pensant toujours, en pensant seulement, à deux yeux brulants sur ta peau délicate.